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dimanche, septembre 17, 2006

JEAN CHRÉTIEN ET LE PARADOXE DU CRABE

Exemple d'article
Jean Chrétien fait de l'auto sabotage.…à l'envers. Et du jardinage, c’est de saison.
Par les remarques assassines qu’il distribues avec l’ample geste du semeur et dont la gravité est allée croissant comme un phénomène naturel et irrépressible depuis quelques semaines – on pense aux mauvaises herbes qui renaissent avec la nuit et empoisonnent la vie des jardiniers plus conservateurs- il a sapé consciencieusement les quelques mois qu’il lui reste, comme pour ne pas avoir à regretter de partir.
Et maintenant, après le G8, il affirme aux mêmes journalistes à qui il faisait ses commentaires acérés sur son ancien allié américain, que les choses sont dorénavant au mieux entre eux.
Jean Chrétien est un exemple édifiant du paradoxe du crabe, le vrai celui-là, qui avance de reculons ou de guingois en brandissant son unique et gigantesque pince, qui opportunément est une pince anti-diplomatique servant uniquement en fin de carrière, lorsque les crabes n’ont plus la force ni l’envie de s’enfouir dans le sable.
Monsieur Chrétien aurait-il peur de prendre sa retraite? D’où l’incongruité de son comportement. Lorsque le rêve de toute une vie s’est réalisé (et s’éternise selon certains), il est normal de craindre manquer d’imagination pour la suite.
Alors on se laisse aller, alors on accuse Bush puis on se rabiboche avec lui, alors on se moque sans toutefois atteindre la frontière de l’insolence, enfin on dit des bêtises car avant que d’être traité de gâteux, il vaut mieux l’être un peu. Et la générosité du premier citoyen de l’État en la matière est sans borne; il donne à ses détracteurs toutes les raisons de faciliter sa sortie.
De plus, une Aline a ses raisons que les Canadiens ne connaissent pas. Mais, connaissant bien leur premier ministre, ils savent que monsieur Chrétien, à l'instar du commun, n’est pas à l’abri de l’ambivalence (davantage une valse-hésitation dans ce cas de figure) qui taraude la plupart de ceux qui, craignant de manquer d’élan, se donnent eux-mêmes un coup de pied bien placé. D'ailleurs, les tendons de la jambe du premier ministre, loin de manquer d’élasticité, semblent toutefois propulser leur protagoniste beaucoup plus loin que prévu.
Mais que ne ferait-on pas par amour? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ni fatigué, ni trop vieux, monsieur Chrétien veut remplir son devoir d’époux. Madame a souri gracieusement pendant plusieurs décennies et foulé on ne sait combien de tarmacs. Elle a été son image de marque, sa classe et sa veine; une publicité vivante pour le Canada : discrète, classique, effacée. Maintenant, madame Chrétien veut être son bâton de jeunesse; l’accompagner sur les terrains de golf, lui servir le café devant le calme miroitant du Lac Machin, profiter de son homme quoi!
Mais ne sait-elle pas encore, cette dame qui a l’air si gentil, qu’un homme qui agit pour faire plaisir, mais en se forçant un peu, est un homme malheureux? A croire que les turpitudes habituelles dans ce milieu pas toujours joli, joli, ont laissé à la future ex-première dame, un reste d’innocence.
Et ma foi, c’est tant mieux! Marie-Josée Girard